Jeudi 11 janvier 2007
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15:02
La foule était dense dans la maison, au coin du feu et tous se demander si la conteuse reviendrait, l'espoir au bout des lèvres.
En attendant l'heure de la veillée, des groupes s'étaient formés et chacun partageait un moment de son vécu avec ses voisins, souvent une histoire de personne disparue, hélas. Quelques uns faisaient mine de s'approcher du fauteuil dont la vacance leur brisait le coeur mais bien vite, retournaient à l'abri de la foule comme s'ils ne se sentaient pas dignes de ce trône, pourtant, chacun d'entre eux aurait pu s'installer et prendre la parole, s'ils avaient osé, osé donner de leur temps, de leur histoire, de leur amour.
Le temps passait et les enfants se mirent à courir de droite et de gauche, jouant aux cowboys et aux indiens quand soudain la porte grinça et le silence se fit.
La vieille dame, plus courbée que jamais et son jeune acolyte entrèrent et saluèrent la foule qui se mit à sourire comme un seul homme. Les enfants s'installèrent autour d'eux, près du fauteuil et la vieille dame, ses yeux devenus transparents comme l'eau claire fixait un horizon que personne ne devinait.
*
Je vous ai entendus* dit-elle en se penchant vers les enfants attroupés autour d'elle, *t
oi, petit-hérisson-peureux* en pointant du doigt un enfant timide à en être sauvage, *
toi, cheval-fou* vers le plus dissipé de son groupe...
Un à un, elle les surnomma, du plus remarquable de leur trait de caractère, laissant la foule une fois encore émerveillée.
Alors, elle se mit à rire, et son rire s'étouffa de nouveau dans une quinte de toux. Le jeune homme auprès d'elle lui tendit un flacon dont elle tira de grandes gorgées. Puis, elle commença à parler, doucement d'abord puis d'une voix de plus en plus puissante.
*
Ce soir, je vais parler à tous les enfants de cette pièce, tous, même ceux qui se cachent dans des déguisements d'adultes parfois trop grands pour eux.*
Des toussotements et des rires se firent entendre dans la pièce.
Quand le silence revint, elle commença:
[Conte apache (source : www.lirecreer.org )]C'était il y a longtemps, lorsque le ciel était trop bas.Il était si bas qu'il n'y avait pas de place pour les nuages.Il était si bas que les arbres ne pouvaient pas pousser.Il était si bas que les oiseaux ne pouvaient pas voler. S'ils essayaient, ils se cognaient aux arbres et aux nuages.Mais ce qui était plus pénible encore, c'était que les hommes adultes ne pouvaient pas se tenir debout, bien droits comme leurs corps le leur demandaient. Ils devaient marcher tout penchés, en regardant leurs pieds et ne voyaient pas où ils allaient.Les enfants ne connaissaient pas ce problème. Ils étaient petits, ils pouvaient se lever aussi droits qu'ils le souhaitaient.Ils ne marchaient pas en regardant leurs pieds et pouvaient voir où ils allaient.Ils savaient par contre qu'un jour, ils deviendraient des adultes et qu'ils devraient marcher tout penchés en regardantleurs pieds à moins que quelque chose ne se passe.Un soir, tous les enfants se réunissent et décident de relever le ciel. Les quelques adultes qui les écoutent rient sous capemais soudain, ils voient les enfants lever de longs poteaux vers le ciel. Un, deux, trois, quatre...Un cri énorme retentit UUU-UHHHH ! Mais rien ne se passe.Le ciel reste comme il a toujours été. Les arbres ne peuvent toujours pas grandir. Les oiseaux ne peuvent toujours pas voler. Il n'y a toujours pas de place pour les nuages et les adultes marchent toujours courbés en regardant leurs pieds sans voir où ils vont.Le lendemain, les enfants recommencent avec des poteaux plus longs. Un, deux, trois, quatre...Un cri énorme retentit UUU-UHHHH ! Mais rien ne se passe.Le soir suivant, les enfants (qui sont persévérants) essayent encore. Ils prennent des poteaux encore plus longs. Un, deux, trois, quatre...Un cri énorme retentit UUU-UHHHH ! Mais rien ne se passe.Le quatrième soir, ils ont trouvé de très, très, très longs poteaux, les plus longs qu'ils pouvaient trouver et ils se sont mis à compter. Un, deux, trois, quatre...Un cri énorme a retentit UUU-UHHHH ! Et le ciel s'est soulevé.Depuis ce jour, le ciel est à sa place. Les arbres peuvent pousser, les oiseaux peuvent voler sans se heurter aux troncs et aux branches. Les nuages ont de la place pour aller et venir et les hommes peuventse tenir droit en regardant le ciel.Mais le plus merveilleux c'est que lorsque le soleil s'est couché la nuit suivante et qu'il a commencé à faire sombre, le ciel troué par les poteaux des enfants s'est mis à scintiller. Dans chaque trou, il y avait une étoile.La prochaine fois que vous regarderez le ciel, vous saurez que c'est grâce aux enfants que vous pouvez admirer un tel spectacle. Vous repenserez à cette histoire et vous saurez que c'était vrai.Un murmure de plaisir s'éleva dans la salle et la vieille femme sourit.
*
J'espère que vous garderez longtemps votre enfant intérieur reprendre la place qu'il mérite.*
Elle se leva et sortit lentement, ses pieds frottant sur le sol poussiéreux de la vieille maison, et son baton de vieillesse la soutenant de son corps encore vert et de son âme.
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