Chez la conteuse

Pour celles et ceux qui ont gardé une âme d'enfant.

Merci de vos commentaires.

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Bienvenue chez la conteuse

La conteuse est apparue un soir d'été.

Elle a laissé page après page un peu de sa vie.
Si vous voulez suivre ses aventures, il vous faudra aller au premier message posté.

Elle viendra soir après soir, sauf évènement incontournable pour vous dévoiler encore un peu de sa vie et vous émerveiller avec des contes d'ici et d'ailleurs.

Bon voyage au pays de l'imaginaire...
Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 14:42
Mais un griot, noir d'ébène, à barbe blanche, s'approcha de la foule qui profitait de la brise,
vint se poser au milieu de l'espace et posant ses tams-tams, commença à jouer.

Le rythme de la vie éveilla l'intérêt des spectateurs qui aussitôt entourèrent le griot.

D'une voix de stentor, celui-ci annonça:
*je vais vous conter l'histoire de la queue des animaux, c'est un conte des bushmen d'Afrique*
( source: http://site.zep.vallons.free.fr/Ecoles/Perrin/contes/Afrique/af04.html )

Rythmant son histoire de son tamtam, le griot commença:

Jadis, les animaux navaient pas de queue.
Le cheval ne pouvait pas chasser les mouches, lécureuil sans queue avait du mal à sauter de branche en branche, le renard était bien moins beau et ne parlons pas du lion !

Le sage roi des animaux, le lion, prit la décision de remédier à cette situation. Il réfléchit pendant longtemps à la façon dont il allait sy prendre et à la fin, il fit appeler le renard pour lui demander conseil.

*Tous les animaux ne peuvent pas avoir la même queue*, estima le renard.
*Je sais cela, moi aussi*, répondit le lion. *Mais comment départager les animaux sans se montrer injuste ?*

Le renard réfléchit un instant, puis déclara : *Cest simple. Ceux qui arriveront les premiers recevront les plus belles queues.*
Le lion acquieçat: *C'est une excellente idée. Cours vite dans la forêt et préviens tous les animaux quils doivent se présenter à midi, au bord du ruisseau, pour la distribution des queues.*

Le renard transmit le message et courut vite vers le ruisseau pour arriver le premier. Il fut suivi de près par le cheval, l'écureuil, le chat et le chien qui arrivent toujours les premiers quand on distribue quelque chose. Vinrent ensuite les autres animaux : l'éléphant, le cochon et le lièvre se présentèrent les derniers.

Lorsque tous les animaux furent réunis dans la clairière, le lion se mit à distribuer les queues. Il se servit dabord lui-même : ce fut une superbe queue, longue et dorée, terminée par un plumeau.
Ensuite, le lion attribua de très belles queues bien touffues au renard et à lécureuil. Le cheval opta pour une magnifique queue en crin. Le chien et le chat reçurent encore des queues fort présentables, mais les animaux qui arrivèrent les derniers, se trouvèrent bien démunis.
L'éléphant eut une maigre cordelette avec quelques soies au bout. Il en fut si navré quil en porte aujourdhui encore la trompe basse.
La queue du cochon était fine comme un ver de terre. Il la fit boucler pour la rendre plus jolie.
Le pauvre lièvre resta sans queue.

Le chien et le chat commencèrent à se disputer pour savoir lequel dentre eux avait la plus belle queue. À la fin, le chien attrapa le chat et lui arracha dun coup de dents l'extrémité de la queue. Le chat s'enfuit dans l'arbre et depuis ce jour, il préfère se sauver devant le chien.

Le lièvre ramassa le bout de la queue du chat et le colla sur son derrière. Ceci explique pourquoi la queue des lièvres est si petite.

Après quelques battements de Tamtam, le vieil homme se leva et repartit comme il était venu.

Avant de disparaître, il leur dit simplement: *ne cherchez pas toujours les messages cachés, il est parfois bien des momenst que vous ne devez vivre que pour ce qu'ils sont, des instants de bonheur à partager.*

Puis il disparut.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Samedi 13 janvier 2007 6 13 /01 /Jan /2007 14:42
L'air de rien, la conteuse s'installa au milieu de la pièce.

*j'ai entendu hier un début de discussion qui m'a inspirée dans le choix de mon conte de ce soir.
Etes-vous prêts à l'entendre?
Alors, on y va: C'est un conte des frères Grimm et je pense que vous en comprendrez seuls la morale.
*

S'installant confortablement dan son fauteuil, la conteuse commença:

(source: http://www.chez.com/feeclochette/grimm.htm )

Il était un cordonnier qui, par suite de malheurs, était devenu si pauvre, qu'il ne lui restait plus de cuir que pour une seule paire de souliers. Le soir il le tailla afin de faire les souliers le lendemain matin ; puis, comme il avait une bonne conscience, il se coucha tranquillement, fit sa prière et s'endormit.
Le lendemain, à son lever, il allait se mettre au travail, quand il trouva la paire de souliers toute faite sur sa table.
Grande fut sa surprise ; il ne savait ce que cela voulait dire. Il prit les souliers et les considéra de tous côtés ; ils étaient si bien faits qu'ils n'y avait pas un seul point de manqué ; c'était un vrai chef-d'oeuvre.
Il entra dans la boutique un chaland, auquel ces souliers plurent tant qu'il les paya plus cher que de coutume, et qu'avec cet argent le cordonnier put se procurer du cuir pour deux autres paires.

Il le tailla le soir même et s'apprêtait à y travailler le lendemain matin, quand il les trouva tout faits à son réveil ; et cette fois encore les chalands ne manquèrent pas, et, avec l'argent qu'il en tira, il put acheter du cuir pour quatre autres paires. Le lendemain matin, les quatre paires étaient prêtes, et enfin tout ce qu'il taillait le soir était toujours terminé le matin suivant de façon qu'il trouva l'aisance et devint presque riche.

Un soir, aux environs de Noël, comme il venait de tailler son cuir et qu'il allait se coucher, il dit à sa femme :
- Si nous veillions cette nuit pour voir ceux qui nous aident ainsi ?
La femme y consentit et, laissant une chandelle allumée, ils se cachèrent dans la garde-robe, derrière les vêtements accrochés, et attendirent.
Quand minuit sonna, deux jolis petits nains tout nus entrèrent dans la chambre, se placèrent à l'établi du cordonnier et, prenant le cuir taillé dans leurs petites mains, se mirent à piquer, à coudre à battre avec tant d'adresse et de promptitude qu'on n'y pouvait rien comprendre. Ils travaillèrent sans relâche jusqu'à ce que l'ouvrage fut terminé, et alors ils disparurent tout d'un coup.

Le lendemain, la femme dit :
- Ces petits nains nous ont enrichis ; il faut nous montrer reconnaissants. Ils doivent mourir de froid, à courir ainsi tout nus sans rien sur le corps. Sais-tu ? je vais leur coudre à chacun chemise, habit, veste et culotte et leur tricoter une paire de bas ; toi, fais-leur à chacun une paire de souliers.
L'homme approuva fort cet avis ; et le soir, quand tout fut prêt, ils placèrent ces présents sur la table au lieu de cuir taillé, et se cachèrent encore pour voir comment les nains prendraient la chose.

À minuit, ils arrivèrent, et ils allaient se mettre au travail, quand, au lieu du cuir, ils trouvèrent sur la table les jolis petits vêtements. Ils témoignèrent d'abord un étonnement qui bientôt fit place à une grande joie. Ils passèrent vivement les habits et se mirent à chanter :
-Ne sommes-nous pas de jolis garçons ?
Adieu cuir, souliers et chaussons !
Puis ils commencèrent à danser et à sauter par dessus les chaises et les bancs, enfin, tout en dansant ils gagnèrent la porte.

À partir de ce moment, on ne les revit plus ; mais le cordonnier continua d'être heureux le reste de ses jours, et tout ce qu'il entreprenait lui tournait à bien.


L'assistance souriait et la conteuse, après s'être étirée dans son fauteuil salua l'assemblée, encore sous le charme et sortit sans un bruit.
Discrètement, le jeune homme timide la suivit par delà la forêt , vers une pauvre masure où la vieille femme entra.

*Plus jamais je ne te laisserai seule, plus jamais je ne saurai où tu te trouves, je le promets au vent*
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 /01 /Jan /2007 16:44
Le feu crépitait toujours en cette soirée quasi automnale et la conteuse était ravie de voir que de jour en jour son auditoire grandissait.

Elle s'assit en tailleur au centre de la pièce et sourit à chacun des participants.

*Les contes* dit-elle *ont cela de magique qu'ils apportent dépaysement, émerveillement mais aussi, parfois plus fortement que d'autre fois, ils nous permettent de réfléchir de méditer sur une situation, d'exacerber nos travers pour nous aider à les dépasser*

*En ce jour de nouvelle lune, voici ce qu'elle m'a inspiré*

Le Pêcheur et sa Femme (Frères GRIMM) (source : http://site.zep.vallons.free.fr/Ecoles/Perrin/textes/grimm/pecheur.htm )

Il y avait une fois un pêcheur et sa femme. Ils vivaient dans une misérable hutte près du bord de la mer. Le pêcheur, qui se nommait Pierre, allait tous les jours jeter son hameçon mais il restait souvent bien des heures avant de prendre quelque poisson.

Un jour qu'il se tenait sur la plage, regardant sans cesse les mouvements du hameçon, voilà qu'il le voit disparaître et aller au fond ; il tire, et au bout de la ligne se montre un gros cabillaud.
- Je t'en supplie, dit l'animal, laisse-moi la vie, je ne suis pas un vrai poisson, mais bien un prince enchanté. Relâche-moi, je t'en prie ; rends-moi la liberté, le seul bien qui me reste.
- Pas besoin de tant de paroles, répondit le brave Pierre. Un poisson, qui sait parler, il mérite bien qu'on le laisse nager à son aise.
Et il détacha la bête, qui s'enfuit de nouveau au fond de l'eau, laissant derrière elle une traînée de sang. De retour dans sa cahute, il raconta à sa femme quel beau poisson il avait pris et comment il lui avait rendu la liberté.
- Et tu ne lui as rien demandé en retour ? dit la femme.
- Mais non, qu'aurais-je donc dû souhaiter ? répondit Pierre.
- Comment, n'est-ce pas un supplice, que de demeurer toujours dans cette vilaine cabane, sale et infecte ; tu aurais bien pu demander une gentille chaumière.
L'homme ne trouvait pas que le service qu'il avait rendu bien volontiers au pauvre prince valût une si belle récompense. Cependant il alla sur la plage, et, arrivé au bord de la mer, qui était toute verte, il s'écria :
- Cabillaud, cher cabillaud, ma femme, mon Isabelle, malgré moi, elle veut absolument quelque chose.
Aussitôt apparut le poisson, et il dit :
- Eh bien, que lui faut-il ?
- Voilà, dit le pêcheur ; parce que je t'ai rendu la liberté, elle prétend que tu devrais m'accorder un souhait ; elle en a assez de notre hutte, elle voudrait habiter une gentille chaumière.
- Soit, répondit le cabillaud, retourne chez toi, et tu verras son voeu accompli.
En effet, Pierre aperçut sa femme sur la porte d'une chaumière coquette et proprette.
- Viens donc vite, lui cria-t-elle, viens voir comme c'est charmant ici ; il y a deux belles chambres, et une cuisine , derrière nous avons une cour avec des poules et des canards, et un petit jardin avec des légumes et quelques fleurs.
- Oh ! quelle joyeuse existence nous allons mener maintenant dit Pierre.
- Oui, dit-elle, je suis au comble de mes voeux !
Pendant une quinzaine de jours ce fut un enchantement continuel ; puis tout à coup la femme dit :
- Écoute, Pierre, cette chaumière est par trop étroite et son jardin n'est pas plus grand que la main. je ne serai heureuse que dans un grand château en pierres de taille. Va trouver le cabillaud et fais-lui savoir que tel est mon désir.
- Mais, répondit le pêcheur, voilà quinze jours à peine que cet excellent prince nous a fait cadeau d'une si jolie chaumière, comme nous n'aurions jamais osé en rêver une pareille. Et tu veux que j'aille l'importuner de nouveau ! Il m'enverra promener, et il aura raison.
- Du tout, dit la femme ; je le sais mieux que toi, il ne demande pas mieux que de nous faire plaisir. Va le trouver, comme je te le dis.
Le brave homme s'en fut sur la plage ; la mer était bleu foncé, presque violette, mais calme. Le pêcheur s'écria :
- Cabillaud, mon cher cabillaud ! ma femme, mon Isabelle, malgré moi, elle veut absolument quelque chose.
- Que lui faut-il donc ? répondit le poisson, qui apparut sur-le-champ, la tête hors de l'eau.
- Imagine-toi, répondit Pierre tout confus, que la belle chaumière ne lui convient plus, et qu'elle désire un palais en pierres de taille !
- Retourne chez toi, dit le cabillaud, son souhait est déjà accompli.
En effet, le pêcheur trouva sa femme se promenant dans la vaste cour d'un splendide château. 1
- Oh ! ce gentil cabillaud, dit-elle ; regarde donc comme tout est magnifique !
Ils entrèrent à travers un vestibule en marbre ; une foule de domestiques galonnés d'or leur ouvrirent les portes des riches appartements, garnis de meubles dorés et recouverts des plus précieuses étoffes. Derrière le château s'étendait un immense jardin où poussaient les fleurs les plus rares puis, venait un grandissime parc, où folâtraient des cerfs, des daims et toute espèce d'oiseaux ; sur le côté se trouvaient de vastes écuries, avec des chevaux de luxe et une étable, qui contenait une quantité de belles vaches.
- Quel sort digne d'envie, que le nôtre, dit le brave pêcheur, écarquillant les yeux à l'aspect de ces merveilles ; j'espère que tes voeux les plus téméraires sont satisfaits.
- C'est ce que je me demande, répondit la femme ; mais j'y réfléchirai mieux demain.
Puis, après avoir goûté des mets délicieux qui leur furent servis pour le souper, ils allèrent se coucher.
Le lendemain matin, qu'il faisait à peine jour, la femme, éveillant son mari, en le poussant du coude, lui dit :
- Maintenant que nous avons ce palais, il faut que nous soyons maîtres et seigneurs de tout le pays à l'entour.
- Comment, répondit Pierre, tu voudrais porter une couronne ? quant à moi, je ne veux pas être roi.
- Eh bien, moi je tiens à être reine. Allons, habille-toi, et cours faire savoir mon désir à ce cher cabillaud.
Le pêcheur haussa les épaules, mais il n'en obéit pas moins. Arrivé sur la plage, il vit la mer couleur gris sombre, et assez houleuse ; il se mit à crier :
- Cabillaud, cher cabillaud ! Ma femme, mon Isabelle, malgré moi, elle veut absolument quelque chose.
- Que lui faut-il donc ? dit le poisson qui se présenta aussitôt, la tête hors de l'eau.
- Ne s'est-elle pas mis en tête de devenir reine !
- Rentre chez toi, la chose est déjà faite, dit la bête.
Et, en effet, Pierre trouva sa femme installée sur un trône en or, orné de gros diamants, une magnifique couronne sur la tête, entourée de demoiselles d'honneur, richement habillées de brocard, et l'une plus belle que l'autre ; à la porte du palais, qui était encore bien plus splendide que le château de la veille, se tenaient des gardes en uniformes brillants une musique militaire jouait une joyeuse fanfare ; une nuée de laquais galonnés était répandue dans les vastes cours, où étaient rangés de magnifiques équipages.
- Eh bien, dit le pêcheur, j'espère que te voilà au comble de tes voeux ; naguère pauvre entre les plus pauvres, te voilà une puissante reine.
- Oui, répondit la femme, c'est un sort assez agréable, mais il y a mieux, et je ne comprends pas comment je n'y ai pas pensé ; je veux être impératrice, ou plutôt empereur ; oui, je veux être empereur !
- Mais, ma femme, tu perds le sens ; non, je n'irai pas demander une chose aussi folle à ce bon cabillaud ; il finira par m'envoyer promener, et il aura raison.
- Pas d'observations, répliqua-t-elle ; je suis la reine et tu n'es que le premier de mes sujets. Donc, obéis sur-le-champ.
Pierre s'en fut vers la mer, pensant qu'il faisait une course inutile. Arrivé sur la plage, il vit la mer noire, presque comme de l'encre ; le vent soufflait avec violence et soulevait d'énormes vagues.
- Cabillaud, cher cabillaud, s'écria-t-il, ma femme, mon Isabelle, malgré moi, elle veut encore quelque chose.
- Qu'est-ce encore ? dit le poisson qui se montra aussitôt.
- Les grandeurs lui tournent la tête, elle souhaite d'être empereur.
- Retourne chez toi, répondit le poisson ; la chose est faite.
Lorsque Pierre revint chez lui, il aperçut un immense palais, tout construit en marbre précieux ; le toit en était de lames d'or. Après avoir passé par une vaste cour, remplie de belles statues et de fontaines qui lançaient les plus délicieux parfums, il traversa une haie formée de gardes d'honneur, tous géants de plus de six pieds ; et, après avoir passé par une enfilade d'appartements décorés avec une richesse extrême, il atteignit une vaste salle où sur un trône d'or massif, haut de deux mètres, se tenait sa femme, revêtue d'une robe splendide, toute couverte de gros diamants et de rubis, et portant une couronne qui à elle seule valait plus que bien des royaumes ; elle était entourée d'une cour composée rien que de princes et de ducs ; les simples comtes étaient relégués dans l'antichambre.
Isabelle paraissait tout à fait à son aise au milieu de ces splendeurs.
- Eh bien, lui dit Pierre, j'espère que te voilà au comble de tes voeux ; il n'y a jamais eu de sort comparable au tien.
- Nous verrons cela demain, répondit-elle.
Après un festin magnifique, elle alla se coucher ; mais elle ne put dormir ; elle était tourmentée à l'idée qu'il y avait peut-être quelque chose de plus désirable encore que d'être empereur. Le matin, lorsqu'elle se leva, elle vit que le ciel était brumeux.
Tiens, se dit-elle, je voudrais bien voir le soleil ; les nuages sombres m'attristent. Oui, mais, pour faire lever le soleil, il faudrait être le bon Dieu. C'est cela, je veux être aussi puissante que le bon Dieu.
Toute ravie de son idée, elle s'écria :
- Pierre, habille-toi sur-le-champ, et va dire à ce brave cabillaud que je désire avoir la toute-puissance sur l'univers, comme le bon Dieu ; il ne peut pas te refuser cela.
Le brave pêcheur fut tellement saisi d'effroi, en entendant ces paroles impies, qu'il dut se tenir à un meuble pour ne pas tomber à la renverse.
- Mais, ma femme, dit-il, tu es tout à fait folle. Comment, il ne te suffit pas de régner sur un immense et riche empire ?
- Non, dit-elle, cela me vexe, de ne pas pouvoir faire se lever ou se coucher le soleil, la lune et les astres. Il me faut pouvoir leur commander comme le bon Dieu.
- Mais enfin, cela passe le pouvoir de ce bon cabillaud ; il se fâchera à la fin, si je viens l'importuner avec une demande aussi insensée.
- Un empereur n'admet pas d'observations, répliqua-t-elle avec colère ; fais ce que je t'ordonne, et cela sur-le-champ.
Le brave Pierre, le coeur tout en émoi, se mit en route. Il s'était levé une affreuse tempête, qui courbait les arbres les plus forts des forêts, et faisait trembler les rochers ; au milieu du tonnerre et des éclairs, le pêcheur atteignit avec peine la plage. Les vagues de la mer étaient hautes comme des tours, et se poussaient les unes les autres avec un épouvantable fracas.
- Cabillaud, cher cabillaud, s'écria Pierre, ma femme, mon Isabelle, malgré moi, elle veut encore une dernière chose.
- Qu'est-ce donc ? dit le poisson, qui apparut aussitôt.
- J'ose à peine le dire, répondit Pierre ; elle veut être toute-puissante comme le bon Dieu.
- Retourne chez toi, dit le cabillaud, et tu la trouveras dans la pauvre cabane, d'où je l'avais tirée.
Et, en effet, palais et splendeurs avaient disparu ; l'insatiable Isabelle, vêtue de haillons, se tenait sur un escabeau dans son ancienne misérable hutte. Pierre en prit vite son parti, et retourna à ses filets ; mais jamais plus sa femme n'eut un moment de bonheur.

*Puisse en ce jour de nouvelle lune où chacun va chercher à recevoir, que ce conte vous permette de ne point trop demander au risque de tout perdre*

Et la conteuse, en gémissant sous la douleur éveillée de ses vieux rhumatismes, se leva, salua d'un geste de la main et sortit de la pièce, en fermant tout doucement la porte.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 /01 /Jan /2007 15:01
La conteuse arriva enveloppée d'un long châle. Elle trottinait, plus lentement qu'à l'habitude et s'affala, plus qu'elle ne s'assit dans le fauteuil le plus confortable de la pièce.

Les yeux brûlants de fièvre, elle regarda chacun des participants à cette veillée. Sa voix plus rauque qu'à l'ordinaire ne résonnait pas dans la pièce.

Chacun, un peu inquiet se rapprocha alors.

*Mes enfants* leur dit-elle *l'automne s'en vient à grand pas et me voilà fourbue à mon tour. Je me sens comme à cette saison de ma vie. Oh, ne soyez pas tristes, l'automne recèle aussi de multiples beaux jours où les couleurs dorées et la tièdeur du temps nous redonne l'espoir d'une vie renaissant.*

Une quinte de toux l'arrêta.

Une main se tendit, brandissant une chope fumante d'où s'échappait un parfum de plantes mêlées de miel. Remerciant de la tête, la vieille femme but le brûlant breuvage et la couleur revint un peu sur son pâle visage.

*Ce soir* murmura-t-elle, *ce sera un poème, bien moins long pour moi. Libre à vous de poursuivre cette veillée, chacun d'entre vous a les qualités pour faire de ce moment un échange, un partage. Je ne suis qu'une vieille femme, dont la mémoire décline. Un jour...demain qui sait... *

La vieille femme se tut. L'émotion était grande dans la salle et soudain, una dolescent, timide, timoré que personne ne connaissait réellement vint se poster à ses genoux: *enseigne-moi, grand-mère, l'art de partager, de vaincre la peur des autres, enfin du regard des autres. Enseigne-moi l'envie de vivre*
Elle sourit et lui caressa les cheveux. Elle se revoyait à son âge, sauvageonne qui fuyait le monde. Que serait-elle devenue si elle n'avait rencontré le vieux barde boiteux qui lui avait enseigné l'art des contes. Elle se pencha vers lui et murmura à son oreille des mots que nul n'entendirent et un sourire illumina le visage ingrat du jeune homme.

Il posa sa tête sur ses genoux et elle commença à parler une fois sa chope finie.

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure.

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte

Sa voix était redevenue claire et limpide. Mais quand elle voulut les saluer, une nouvelle quinte la laissa pantoise dans son fauteuil.

Après un moment de repos, alors qu'elle se levait plus frèle et boitillante que jamais, le jeune homme lui prit le bras, comme un baton de vieillesse et clopin clopant, ils sortirent sans un mot de la pièce.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Jeudi 11 janvier 2007 4 11 /01 /Jan /2007 15:02
La foule était dense dans la maison, au coin du feu et tous se demander si la conteuse reviendrait, l'espoir au bout des lèvres.

En attendant l'heure de la veillée, des groupes s'étaient formés et chacun partageait un moment de son vécu avec ses voisins, souvent une histoire de personne disparue, hélas. Quelques uns faisaient mine de s'approcher du fauteuil dont la vacance leur brisait le coeur mais bien vite, retournaient à l'abri de la foule comme s'ils ne se sentaient pas dignes de ce trône, pourtant, chacun d'entre eux aurait pu s'installer et prendre la parole, s'ils avaient osé, osé donner de leur temps, de leur histoire, de leur amour.

Le temps passait et les enfants se mirent à courir de droite et de gauche, jouant aux cowboys et aux indiens quand soudain la porte grinça et le silence se fit.

La vieille dame, plus courbée que jamais et son jeune acolyte entrèrent et saluèrent la foule qui se mit à sourire comme un seul homme. Les enfants s'installèrent autour d'eux, près du fauteuil et la vieille dame, ses yeux devenus transparents comme l'eau claire fixait un horizon que personne ne devinait.

*Je vous ai entendus* dit-elle en se penchant vers les enfants attroupés autour d'elle, *toi, petit-hérisson-peureux* en pointant du doigt un enfant timide à en être sauvage, *toi, cheval-fou* vers le plus dissipé de son groupe...
Un à un, elle les surnomma, du plus remarquable de leur trait de caractère, laissant la foule une fois encore émerveillée.

Alors, elle se mit à rire, et son rire s'étouffa de nouveau dans une quinte de toux. Le jeune homme auprès d'elle lui tendit un flacon dont elle tira de grandes gorgées. Puis, elle commença à parler, doucement d'abord puis d'une voix de plus en plus puissante.

*Ce soir, je vais parler à tous les enfants de cette pièce, tous, même ceux qui se cachent dans des déguisements d'adultes parfois trop grands pour eux.*

Des toussotements et des rires se firent entendre dans la pièce.

Quand le silence revint, elle commença:

[Conte apache (source : www.lirecreer.org )]

C'était il y a longtemps, lorsque le ciel était trop bas.
Il était si bas qu'il n'y avait pas de place pour les nuages.
Il était si bas que les arbres ne pouvaient pas pousser.
Il était si bas que les oiseaux ne pouvaient pas voler. S'ils essayaient, ils se cognaient aux arbres et aux nuages.

Mais ce qui était plus pénible encore, c'était que les hommes adultes ne pouvaient pas se tenir debout, bien droits comme leurs corps le leur demandaient. Ils devaient marcher tout penchés, en regardant leurs pieds et ne voyaient pas où ils allaient.

Les enfants ne connaissaient pas ce problème. Ils étaient petits, ils pouvaient se lever aussi droits qu'ils le souhaitaient.
Ils ne marchaient pas en regardant leurs pieds et pouvaient voir où ils allaient.

Ils savaient par contre qu'un jour, ils deviendraient des adultes et qu'ils devraient marcher tout penchés en regardant
leurs pieds à moins que quelque chose ne se passe.

Un soir, tous les enfants se réunissent et décident de relever le ciel. Les quelques adultes qui les écoutent rient sous cape
mais soudain, ils voient les enfants lever de longs poteaux vers le ciel. Un, deux, trois, quatre...
Un cri énorme retentit UUU-UHHHH ! Mais rien ne se passe.

Le ciel reste comme il a toujours été. Les arbres ne peuvent toujours pas grandir. Les oiseaux ne peuvent toujours pas voler. Il n'y a toujours pas de place pour les nuages et les adultes marchent toujours courbés en regardant leurs pieds sans voir où ils vont.
Le lendemain, les enfants recommencent avec des poteaux plus longs. Un, deux, trois, quatre...
Un cri énorme retentit UUU-UHHHH ! Mais rien ne se passe.

Le soir suivant, les enfants (qui sont persévérants) essayent encore. Ils prennent des poteaux encore plus longs. Un, deux, trois, quatre...
Un cri énorme retentit UUU-UHHHH ! Mais rien ne se passe.

Le quatrième soir, ils ont trouvé de très, très, très longs poteaux, les plus longs qu'ils pouvaient trouver et ils se sont mis à compter. Un, deux, trois, quatre...
Un cri énorme a retentit UUU-UHHHH ! Et le ciel s'est soulevé.

Depuis ce jour, le ciel est à sa place.
Les arbres peuvent pousser, les oiseaux peuvent voler sans se heurter aux troncs et aux branches. Les nuages ont de la place pour aller et venir et les hommes peuvent
se tenir droit en regardant le ciel.

Mais le plus merveilleux c'est que lorsque le soleil s'est couché la nuit suivante et qu'il a commencé à faire sombre, le ciel troué par les poteaux des enfants s'est mis à scintiller.
Dans chaque trou, il y avait une étoile.

La prochaine fois que vous regarderez le ciel, vous saurez que c'est grâce aux enfants que vous pouvez admirer un tel spectacle. Vous repenserez à cette histoire et vous saurez que c'était vrai.


Un murmure de plaisir s'éleva dans la salle et la vieille femme sourit.

*J'espère que vous garderez longtemps votre enfant intérieur reprendre la place qu'il mérite.*

Elle se leva et sortit lentement, ses pieds frottant sur le sol poussiéreux de la vieille maison, et son baton de vieillesse la soutenant de son corps encore vert et de son âme.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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