Chez la conteuse

Pour celles et ceux qui ont gardé une âme d'enfant.

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Bienvenue chez la conteuse

La conteuse est apparue un soir d'été.

Elle a laissé page après page un peu de sa vie.
Si vous voulez suivre ses aventures, il vous faudra aller au premier message posté.

Elle viendra soir après soir, sauf évènement incontournable pour vous dévoiler encore un peu de sa vie et vous émerveiller avec des contes d'ici et d'ailleurs.

Bon voyage au pays de l'imaginaire...
Dimanche 31 décembre 2006 7 31 /12 /Déc /2006 20:36
Ils dinèrent tristement.

Il était perdu dans ses pensées, elle était nostalgique.

*Je voudrais te remercier* Lui dit-elle avec un sourire radieux. *Sans
toi, personne n'aurait connu cette histoire.*

*Grandmère, tu aurais pu l'écrire...Et ainsi éviter les changements que
j'y apporterai même à mon insu.*

Elle se mit à rire.
*Je ne sais pas écrire mon enfant. Et cette histoire n'aura de valeur
que lorsque tu te la seras appropriée et après toi, ceux qui la
narreront à leur tour.*

Décidemment, il croyait être prêt mais il réalisait qu'il était loin du
compte encore.

Elle s'installa près du feu, et il s'assit à ses genoux.
*On continue, mon enfant?*

Elle était encore farouche mais jour après jour, contes après chansons,
il l'apprivoisait peu à peu. Elle l'avait amené à l'orée du bois mais
refusa d'aller plus loin. Alors boitillant, il avait construits de ses
mains une case misérable mais où ils pouvaient se mettre à l'abri.
Elle disparaissait parfois tout le jour, alors il allait en ville, 
s'arrêtait sur la place obtenant quelques sous pour ses
divertissements, faisait quelques pauvres achats, et revenait cahin
caha sur sa vieille haridelle jusqu'à la case de bois.

Quelques enfants le suivirent un jour et elle se transforma en tigresse
pour les chasser à coup de baguette cinglant leurs pauvres jambes déjà
écorchées.

S'il essayait de savoir pourquoi elle était si farouche, elle
disparaissait en hurlant et ne reparaissait parfois que plusieurs jours
après.

Alors il décida de laisser venir, la vie lui avait appris la patience
et la compassion. COmpassion dont il avait souffert pour le passé et
dont il essayait de se passer désormais.

Petit à petit, ils instaurèrent une relation de confiance et un jour, à
la fin du dîner, elle le repoussa vers le fauteuil près de la fenêtre
et commença à déclamer.

Le conte du petit Koala -
Jacques Salomé : Contes à aimer...Contes à s'aimer. (source: http://perso.orange.fr/contesdeveil/ )

Il était une fois un petit koala qui vivait dans une région très, très reculée de l’Australie. En fait, il faut vous le dire, il vivait dans une maison d’enfants koala, car ses parents ne pouvaient s’occuper de lui.
Toute sa vie, il avait reçu des coups. Tout bébé, tout enfant, il recevait, de la part des autres koalas qui l’entouraient, des coups. Lui, il croyait qu’être aimé, c’était recevoir des coups ! Cela peut vous surprendre mais c’était sa croyance.

Il avait une façon très particulière de provoquer les autres. Il s’arrangeait pour déclencher en eux de la peur, de l’irritation, de la colère. Il était très habile pour donner aux autres l’envie… de le taper !

Il y avait dans cette maison d’enfants une jeune éducatrice koala, qui s’occupait de lui, qui le réveillait le matin, l’aidait à faire sa toilette, à s’habiller, le faisait déjeuner…tout ce fait en général une maman ou un papa qui s’occuperait de son enfant.
Eh bien lui, dès le matin, à peine avait-il ouvert un œil qu’il s’arrangeait pour déclencher chez cette éducatrice koala… l’envie de le taper, de le secouer et même de lui tordre le coup.
La bagarre commençait aussitôt, lui aussi rendait les coups, mordait même, griffait. Tout au fond de lui, il croyait que c’était cela s’aimer.Tout petit, un événement dont il n’avait jamais parlé…l’avait beaucoup marqué. Il était entré dans la chambre de ses parents (avant qu’il n’aille en maison d’enfants) et dans l’ombre il avait vu le papa koala qui s’agitait sur la maman koala, le lit remuait très fort, la maman koala gémissait comme si elle avait mal. Le petit koala, lui ne bougeait pas pour ne pas faire de bruit. Il aurait voulu aller défendre sa maman, mais il n’osait pas. Il croyait que le papa koala faisait du mal à sa maman, il aurait voulu l’aider, mais il n’osa pas…...

Le lendemain matin, il avait demandé :

Qu’est ce qu’ils font les papas dans le lit avec les mamans ?
La mère un peu distraite avait répondu :
Tu sais, ils dorment ou ils s’aiment. Des fois ils s’aiment beaucoup...
Ils se font du mal pour s’aimer ? interrogea le petit koala.
Quand on s’aime on a pas mal, avait ajouté la mère en souriant —mange ton yaourt, dépêche-toi.
Et depuis ce jour, malgré ou à cause de ce qu’avait dit sa mère, le petit koala était persuadé que s’aimer, c’était se faire du mal. Et pour cela se donner des coups...

Revenons à la maison d’enfants koala. La jeune éducatrice qui s’occupait de lui avait dit à une amie :

C’est drôle, j’ai beaucoup d’amour pour lui, mais j’ai peur de le lui donner. J’ai surtout peur qu’il le reçoive mal ou qu’il le refuse.
Un jour elle eut une idée, elle demanda au jeune koala de lui trouver une boite à peur.
Il la regarda tout étonné.
Une boite à peur !
Oui, une boite à peurs, dans laquelle je pourrai mettre toutes les peurs que j’ai en moi, pour ne pas les garder dans ma tête, dans mon ventre, dans mon cœur.

Le lendemain, le petit koala arriva avec un grand carton de frigidaire, qu’il était allé demander au supermarché du coin. Il avait compris que les peurs de son éducatrice étaient très importantes. Elles fut très touchée de ce geste. Elle lui dit :

J’aimerais t’embrasser sans que tu me donnes des coups.
Il acquiesça de la tête.

Elle lui fit, juste au coin de l’œil, là vous voyez, tout près des cils, un long baiser tout doux, tout doux. Tellement doux que le petit koala qui n’avait jamais reçu de baiser aussi doux, sentit une larme couler sur ses joues de koala. Heureusement personne ne l’avait vue, car autrement il se serait mis en colère et aurait donné des coups malgré sa promesse.


Ce jour là, cette éducatrice mit dans le carton à peurs la plus grande des peurs qu’elle avait, celle que son amour ne soit pas reçu par l’autre.

C’était une peur énorme qui prenait toute la place dans le carton.
De temps en temps, elle allait jeter un coup d’œil sur sa peur, dans le carton. Elle voyait bien que c’était une peur très ancienne, vieille comme sa vie.
De son côté, le petit koala avait aussi découvert une boite à peurs pour lui-même. Il commença à mettre ses peurs dedans. Il se sentait plus léger, plus content. Comment dire, il avait envie de donner des baisers, des câlins, même s’il ne savait pas comment cela se faisait. Un jour, il osa demander à la jeune éducatrice :
Tu sais, j’aimerais que tu m’apprennes à ne pas aimer...
Elle le regarda toute surprise :
A ne pas aimer !
Oui, tu sais, quand on aime trop fort, on se donne des coups, on crie. Moi j’aimerais que tu m’apprennes à ne pas aimer, à ne pas donner des coups, à faire des baisers de peur, comme celui que tu m’as fait l’autre fois, au coin de l’œil...

Vous n’avez aucune idée de l’énergie qu’il avait fallu à ce petit koala pour dire cela. Cela vous paraît simple à vous, quand vous lisez ce conte, mais ce fut terrible, c’était comme si on lui arrachait la peau, à ce koala.
L’éducatrice comprit ce jour-là tout le malentendu qu’il y avait dans la vie de ce petit koala. Elle lui répondit doucement :
Oui, je suis d’accord. Je vais t’apprendre. On va apprendre ensemble, d’ailleurs, car je suis un peu comme toi, je ne sais pas bien aimer. L’autre fois, tu vois, j’avais inventé. Oui, nous allons découvrir tout cela ensemble. Il nous faudra, à toi et à moi, beaucoup de patience...

Je ne vous raconte pas la suite, car vous pouvez l’imaginer vous-même.

Mais ne croyez pas que cela fut facile. Oh non, ils eurent encore beaucoup de bagarres entre eux, car ils étaient l’un comme l’autre encore très maladroits à s’aimer.
J’ai remarqué que cela était très fréquent, cette maladresse à s’aimer chez les koalas, entre parents et enfants, entre adultes aussi. A mon avis ce doit être une des caractéristiques de l’amour chez les koalas !
Ainsi se termine le conte du petit koala qui croyait que s’aimer, c’était se donner des coups et se faire du mal.

Il la regardait ébahi... Ainsi il commençait à entrevoir son histoire. Mais alors qu'il esquissait un geste pour s'approcher d'elle. Elle hurla et s'enfuit.

Plusieurs nuits passèrent et elle ne revenait pas.

Le jeune homme pleurait et tendit la main vers la vieille femme qui, sans pouvoir se maîtriser se recula d'un bond.

Il s'excusa, honteux et sortit piteusement de la masure.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Samedi 30 décembre 2006 6 30 /12 /Déc /2006 16:36
Elle s'excusa.

*Parfois, cette jeune sauvageonne réapparait.* dit-elle avec un pauvre
sourire.

Il lui sourit en retour.
*Qui pourrait deviner, à te voir si sage et douce, si souriante, que tu
as tant souffert...*
*C'est le privilège de l'âge, à force de mimer, on acquiert des
réflexes, qui n'en restent pas moins naturels, sais-tu!*

Ils rirent ensemble.
*C'est bon de te voir rire, fils! J'ai passé du temps à vous observer
avant de vous rejoindre et j'ai cru que jamais tu ne saurais voir la
main tendue... Cette main tendue était autant là pour te sauver que me
sauver moi-même. C'est là la vraie valeur d'un échange.*

*Je n'ai pas vécu de souffrance, grandmère, juste ce sentiment de ne
pas trouver ma place.*

*Aucune place n'est jamais offerte, mon enfant, on la façonne soi-même
au fil du temps. C'est là le grand malheur de l'humanité que de
l'ignorer encore.*

Il lui souriait affectueusement et elle se sentait revivre grâce à ce
regard.

*Finirons-nous un jour cette histoire?* Lui demanda-t-il à
brûle-pourpoint.
*Qui le sait?* Souriait-elle *Qui le sait?*

On toqua à la porte. Et se levant dans un éclat de rire, le jeune homme
lui murmura *Sans doute pas ce soir!*
Et il ouvrit aux villageois qui se tenaient, anxieux à la porte de la
petite maisonnette.

*Entrez, mes enfants, entrez.* Leur dit-elle, bras grands ouverts.

Les enfants se ruèrent et l'embrassèrent à qui mieux mieux. Les parents
remerciaient le ciel qu'elle fut si en forme.

Le jeune homme revint avec un tonnelet de cidre qu'il commença à
partager alors que la vieille femme s'installait.

L'histoire des trois sourds - (source: http://www.bonaberi.com/article.php?aid=48 )

C’est l’histoire d’une femme. Elle était sourde, tellement sourde
qu’elle n’entendait rien.
Tous les matins elle portait son enfant sur son dos et elle se rendait
à son champ. Elle avait un immense champ d’arachides.
Et un matin qu’elle était là, tranquillement à travailler dans son
champ, arrive un monsieur. Un monsieur tellement sourd qu’il
n’entendait rien. Et ce monsieur cherchait ses moutons.
Ecoutez-bien ! Il s’adressa à la dame :
- «Madame, je cherche mes moutons, leurs traces m’ont conduit jusqu’à
votre champ. Est-ce que vous ne pourriez pas m’aider à les retrouver ?
D’ailleurs, on les reconnaît bien mes moutons, parmi eux, il y a un
mouton blessé. Madame si vous m’aidez à retrouver mes moutons, je vous
donnerez ce mouton blessé vous pourrez toujours vous en servir.»

Mais elle, n’ayant rien entendu, rien compris, elle a pensé que ce
monsieur lui demandait juste jusqu’où son champ s’arrêtait. Elle se
retourna pour lui dire :
- «Mon champ s’arrête là-bas.»

Le monsieur a suivi la direction indiquée par la dame et par un curieux

hasard il trouva ses moutons en train de brouter tranquillement
derrière un buisson. Tout content il les rassembla et est venu remettre
à la dame le mouton blessé.
Mais celle-ci, n’ayant rien entendu, rien compris, elle a pensé que ce
monsieur l’accusait d’avoir blessé son mouton. Alors elle s’est fâchée
- «Monsieur, je n’ai pas blessé votre mouton. Allez accuser qui vous
voulez mais pas moi. D’ailleurs des moutons, je n’en ai jamais vus.»

Le monsieur quand il a vu que la femme se fâchait, il a pensé que cette

femme ne voulait pas de ce mouton mais qu’elle voulait d’un mouton plus
gros. Et à son tour, il se fâcha :
- «Madame, c’est ce mouton que je vous ai promis. Il n’est pas du tout
question que je vous donne le plus gros de mes moutons.»

Tous les deux il se fâchèrent, ils se fâchèrent à un tel point qu’ils

finirent par arriver au tribunal.
Et le tribunal dans cette Afrique d’il y a longtemps, cela se passait
sur la place du village, à l’ombre d’un grand arbre, l’arbre à palabres
le plus souvent un baobab.
Et le juge, lui qui était en même temps le chef du village il était là
entouré de tout ces gens qu’on appelle les notables.

La dame et le monsieur sont arrivés tout en continuant leur querelle.

Et après les salutations c’est elle qui parla la première :
- «Ce monsieur m’a trouvé dans mon champ, il m’a demandé jusqu’où mon
champ s’arrêtait. Je lui ai montré et j’ai repris mon travail. Ce
monsieur est parti et quelques instants après il est revenu avec un
mouton blessé m’accusant de l’avoir blessé. Or moi je jure que des
moutons j’en ai jamais vus. Voilà pourquoi on est ici monsieur le
juge.»
C’était au tour du monsieur :
- « Je cherchais mes moutons, dit-il, et leurs traces m’ont conduit
jusqu’au champ de cette dame. A cette dame j’ai dit que si elle
m’aidait à retrouver mes moutons je lui donnerais un d’entre eux mais
j’ai bien précisé le mouton blessé. Elle m’a montré mes moutons, c’est
ce mouton blessé que je lui ai donné. Elle veut un mouton plus gros.
Pensez-vous que je vais lui donner le plus gros de mes moutons à deux
pas de la fête des moutons ?»

Le juge se leva. Il était aussi sourd qu’un pot. Et quand il a vu
l’enfant sur le dos de sa mère il a pensé qu’il ne s’agissait là que
d’une petite querelle de ménage. Alors il s’adressa au monsieur :
- «Monsieur. Cet enfant est votre enfant. Regardez d’ailleurs comment
il vous ressemble. A ce qu’il me semble vous êtes un mauvais mari. Et
vous madame, des petits problèmes comme cela. Ce n’est pas la peine de
venir jusqu’ici étaler ça devant tout le monde. Rentrez chez vous ! Je
souhaite que vous vous réconciliez.»

Ayant entendu ce jugement, tout le monde éclata de rire. Et le rire

contamine le juge, la dame et le monsieur.
Que firent-ils ? Ils éclatèrent de rire bien que n’ayant rien compris.

Et c’est à partir de là que le conte pose sa question :

Le conte voudrait savoir, lequel de ces trois est le plus sourd ?
La Leçon
Il vaut mieux ne pas se dépêcher de donner une réponse. On conseille
quelque part en Afrique, d’avoir le cou aussi long que celui du
chameau, afin que la parole avant de jaillir puisse prendre tout son
temps.
 
Fière d'elle et de son choix, elle se tut en les observant.
Le jeune homme riait derrière son tonnelet et certains grimaçaient de
se sentir parfois mis à nu par les contes de la vieille femme.

Des groupes se formaient et devisaient amicalement. Les enfants
entraînèrent le jeune homme timide dans une farandole et la vieille
dame les regardant murmura: *Ni à pied, ni à cheval, je ne rejoindrais
encore le paradis.*
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Vendredi 29 décembre 2006 5 29 /12 /Déc /2006 20:54
Ils avaient décidé de s'isoler un peu.

Elle devait renforcer sa santé encore précaire et lui voulait écrire ce qu'elle lui avait conté avant que le temps qui passe n'en altère les détails.

Elle avait profité de ce jour froid et humide pour dormir tout son saoûl et quand la nuit fut tombée, elle appela de nouveau à son chevet.

*Il n'y avait qu'une femme envers qui j'avais des élans de tendresse, c'était ma vieille grand-mère, parce qu'elle était douce, parce qu'elle était seule, parce qu'elle savait voir au delà des apparences...*

Il lui tenait tendrement la main.

*Ce soir, je la sens présente et du coup me revient en mémoire une histoire qu'elle me narrait, enfant, et que je n'ai jamais partagé auparavant. Il ne faut pas que cette histoire disparaisse avec moi alors je t'en fais le dépositaire*

Il était une fois 2 sœurs qui s'appelaient Marika et Katina, l'une était bonne comme du bon pain et très souriante, et la seconde égoïste et mal embouchée.
Elles faisaient souvent la cuisine pour leurs pauvres parents très travailleurs et qui rentraient fort tard.

Un soir venu, c'était le tour de Marika de faire la cuisine, elle touillait une bonne soupe chaude dans un énorme chaudron en chantonnant lorsque soudain, une petite souris apparut.
*Marika, Marika, j'ai très faim. Alors aide-moi, s'il te plaît.*

La bonne et douce Marika posa un bouchon en guise de siège, une boite d'allumette en guise de table puis elle dégota un autre bouchon dans lequel elle versa un peu de soupe, en soufflant pour ne pas que Souricette se brûle. Puis elle lui servit de l'eau fraîche dans un dé à coudre, un petit bout de fromage et une cerise juteuse en guise de dessert.
Une fois repue, la souris repartit dans son trou, non sans remercier son hôte à qui elle promit une reconnaissance éternelle.

Les jours passèrent et ce fut au tour de Katina de faire la soupe. Elle remuait brusquement la soupe en ronchonnant quand la souris apparut.
*Katina, Katina, aide-moi s'il te plaît. J'ai faim, j'ai très faim, je défaille...*
Et Katina se mit à crier devant la souris, en la traitant de voleuse et pire encore, puis elle la toisa, lui disant: *Tu veux de la soupe? Tu veux de la soupe??*.
Elle lui asséna un violent coup de louche sur la tête en lui répétant: *C'est tout ce que tu auras!* Souricette repartit avec sur sa tête une bosse aussi grande qu'elle. Elle sermonna la méchante Katina en lui rappelant qu'un mal fait n'est jamais oublié et trottinant aussi vite qu'elle le pouvait, elle retourna dans son trou.


Lorsque l'automne arriva, Marika partit aux champignons pour faire une belle omelette quand soudain, elle se perdit. Au milieu d'une clairière, elle trouva une cabane dans laquelle elle se reposa un moment. Soudain, un ours énorme entra et voyant la jeune fille lui dit:
*Hummm que voilà un bon repas en perspective, miam, je vais me régaler!* Marika le supplia et l'ours, hilare, lui proposa une partie de colin maillard. Sil l'attrapait, il la mangerait et si elle lui échappait, alors elle aurait la vie sauve.
Marika fut bien obligée d'accepter et elle noua son foulard sur les yeux du gros ours qui compta jusqu'à 10 avant de la chercher.

Marika, blottie dans un coin pleurait, le plus silencieusement possible quand soudain, elle entendit une petite voix qui l'appelait:
*Marika, Marika, c'est moi, Souricette. Tu te souviens de moi, tu m'as nourrie et tant réchauffé le cœur qu'encore aujourd'hui je me sens bien quelque soit le temps. Alors je vais t'aider. Cache-toi sous la table et je m'occupe du reste. Chut, ne fais aucun bruit!*

Marika obéit et se cacha, cherchant à ne faire aucun bruit.

Souricette grimpa sur le dos de l'ours et lui chatouilla l'oreille, le gros ours lança sa grosse patte velue contre son oreille, se mettant au passage une grosse claque et Souricette, prestement lui gratouilla le nombril. ET l'ours se mit un gros coup de poing dans le ventre. Après plusieurs minutes de jeu où Souricette allait et venait sur l'ours, le chatouillant, le gratouillant par ci, par là, l'ours se mit à tourner sur lui-même avant de tomber au milieu de la pièce, épuisée.
Souricette fit un clin d'œil à Marika et se sauva à toutes pattes.

L'ours, épuisé, arracha le foulard et à bout de souffle, appela la jeune fille.
*Tu as gagné, tu m'as vaincu. Alors non seulement je te laisse la vie sauve, mais je te donne aussi la belle auto qui est dehors avec le coffre rempli d'or et de bijoux sur la banquette. Rentre vite petite, avant que je ne change d'avis.* Sans demander son reste, Marika balbutia un remerciement et se rua vers l'extérieur où une magnifique voiture coupée sport l'attendait avec un coffre énorme, débordant de richesse, l'attendait.
Sans demander son reste, elle rentra à toute vitesse à la maison grâce à la carte routière qu'elle y avait trouvée.

Lorsque Katina la vit, elle devint folle de jalousie et n'eut de cesse de la harceler que lorsque Marika lui eut narré son aventure et indiqué avec exactitude l'emplacement de la maisonnette.

Dès le lendemain, elle qui haïssait la forêt, sortit des l'aube, son plus beau foulard de soie autour du cou et courut quasiment jusqu'à la clairière puis, elle s'installa confortablement dans la maison, virevoltant, fouillant partout.
L'ours arriva bientôt et lui demanda ce qu'elle faisait là. D'un air fier, elle lui dit qu'elle s'était perdue et qu'elle prenait du repos avant de rechercher son chemin. L'ours grogna en apercevant ses tiroirs et matelas retournés, sa maison totalement retournée. Mais il lui proposa une partie de colin maillard avec la liberté ou la mort dévorée en guise de trophée. Elle exigea de lui les mêmes trésors que sa sœur et l'ours se mit à rire, à rire en nouant le foulard sur ses yeux.

Pendant qu'il comptait, Katina appela: *Souris, Souris, viens m'aider comme tu as aidé Marika, tu me dois bien ça!*
Souricette sortit de son trou les mains sur les hanches et l'air bougon: *Je te dois bien ça??? Je te dois bien ça??? Mais tu es folle, ma parole? Tu ne te souviens pas de ce que tu m'as fait lorsque la faim me faisait défaillir? Tu 'mas asséné un tel coup de louche que j'en ai encore une bosse là, regarde! Alors je ne te dois rien, bien au contraire...*
En bougonnant encore, la souris retourna dans son trou et l'ours qui avait fini de compter s'approcha de la jeune fille qui apeurée, se mit à gémir, geindre et se plaindre tout en courant de droite et de gauche dans la petite maison.


L'ours eut tôt fait de l'attraper et de la dévorer tout cru.

Et chez elle, nul ne la pleura sauf Marika.

*Quelle belle histoire* Murmura le jeune homme charmé. *Demain, tu me laisserai la raconter aux enfants?*

La vieille femme acquiesçat en craignant cependant que de l'entendre par une autre voix que celle de sa grand-mère ne lui soit difficile. Mais elle avait choisi de lui en faire don et elle savait qu'il ne la trahirait pas.

Le lendemain soir, lorsque tous vinrent prendre des nouvelles et profiter encore une fois de ce moment de détente, de paix et de sérénité, il leur raconta l'histoire, mimant, vivant et s'appropriant si bien ce conte que même la vieille conteuse applaudit à tut rompre.

*Il grandit vite le petit!* Soupira-t-elle, déjà attristée de savoir qu'un jour, bien trop proche, ils devraient se quitter.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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Jeudi 28 décembre 2006 4 28 /12 /Déc /2006 18:42
*Tu devras partir bientôt sur les routes, trouver le chemin du village des bardes. Tu ne peux plus rester ici au risque de te perdre.*

Le jeune homme la regarda tristement: *Je ne te laisserai pas, grandmère. Et puis ton histoire n'est pas terminée...*

*Oh, ma vie... je me rend compte à quel point il m'est encore difficile de la livrer. Une partie d'elle est enterrée avec le vieux barde boiteux et je ne sais pas si j'ai la force de creuser sa tombe pour la retrouver. Il est des morts qu'il ne faut pas éveiller. Je l'avais oublié...*

Elle s'enfonça un peu plus dans le fauteuil et lui dit: *Je vais quand même te raconter ce qui peut se dire.*

Il s'assit à ses pieds, posant délicatement sa tête sur ses genoux.

Elle était partie plusieurs jours et le vieux barde ne savait pas s'il devait l'oublier quand un matin, lorsqu'il s'éveilla, il la trouva assise sur le pas de la porte.
 - Te voilà de retour?
 - Je suis désolée mais ce passé n'est pas mort encore. Je viens d'en refaire le chemin et j'ai réalisé qu'il ne le serait jamais mais que je dois avancer. Alors je suis revenue pour que tu m'apprennes à vivre avec les autres.
Il rit de bon coeur.
 - Tu veux apprendre la vie en communauté avec un vieux barde solitaire comme moi?
 - Tu n'es pas solitaire, tu sais aller vers les autres ce que j'ai oublié...
 - Pourtant tu es venue vers moi?
Elle se tut, se leva sans bruit et entra dans la maison pour faire un brin de ménage.
Il la suivit en boitillant, n'osant rompre l'équilibre précaire qui s'était installé entre eux.
 - Veux tu devenir conteuse? Ainsi tu peux aller vers les autres et repartir, choisir de t'installer ou de t'enfuir...
 - Tu fuyais toi?
Il posa un doigt sur sa bouche délicatement.
 - Le passé est mort, est il utile de le réveiller?
Elle secoua la tête.
 - Ce soir, tu viendras avec moi au village et nous raconterons une histoire, ensemble.
Elle recula d'un pas.
 - D'accord, je raconterai une histoire au village mais tu resteras avec moi, d'accord?
Elle accepta et le soir venu, ils allèrent en ville et à la taverne, il se posa et raconta l'histoire des lutins ( http://www.cite-universitaire.org/expos/cultures/contes/contes.htm )

Les lutins sont les amis des gens pauvres et honnêtes; ils aiment faire des blagues, mais ils aiment aussi rendre service. Ils sont petits, rondelets, criards, avec barbe et cheveux blancs; ils aiment les gâteaux au beurre frais et la couleur rouge.

Une fois ils aidèrent une pauvre veuve et ses petits enfants pendant un long hiver. Elle ne voyait ni n'entendait rien, mais chaque matin le bois était coupé, l'étuve allumée, le pain chaud et il y avait toujours du lait frais dans les bols des enfants, bien qu'il n'y eut aucune vache dans la vailée.

Quand le printemps arriva, la veuve reçut de l'argent de son frère. Elle put acheter une vache et des vêtements pour les enfants. Elle n'oublia pourtant pas ses amis lutins. Elle prépara une montagne de gâteaux au beurre frais et elle tricota un monceau de paires de jolies petites chaussettes rouges. Elle les rangea dans la cuisine, puis elle alla se coucher. Mais elle ne dormait pas, elle écoutait: elle voulait entendre les voix des lutins. Ils arrivèrent et elle les entendit qui grignotaient joyeusement les gâteaux et se disputaient les chaussettes; mais il ne parlèrent pas.

Le jour d'après elle trouva un petit billet sur la table: 'Merci pour les gâteaux, merci pour les chaussettes. Si tu avais entendu nos voix, nous aurions dû quitter à jamais ta maison, ou bien vous punir. Nous voulons protégér ta famille, et pour cette raison nous resterons muets.' Voilà pourquoi on dit qu'uniquement les méchants qui vont être punis entendent la voix des lutins.

Toute la salle riait de bon coeur et la jeune fille farouche aussi.
Le vieux barde sourit car c'était la première fois qu'il entendait résonner son rire, comme des clochettes tintinabullantes. Elle faisait un nouveau pas vers les autres, elle qui avait fui le monde depuis trop longtemps.

Ils recoltèrent quelques sous et rentrèrent main dans la main vers leur cabane.
 - Alors? lui demanda le vieil homme
 - Tu es un magicien...
 - Connais-tu des histoires?
 - Je n'oserai jamais...
Il sourit: Jamais n'était pas un mot qui faisait partie de son vocabulaire sinon il serait mort depuis longtemps. Un pas après l'autre, il l'amènerait vers la vie et vers les autres, il suffisait d'être patient.

Ils restèrent silencieux.
*Je ne veux pas te quitter, grandmère...*
*Il le faudra mon fils, tu dois apprendre encore et je n'ai plus assez à te donner.*

Il sortit en courant de la maison, il ne pouvait supporter l'idée de partir, il savait que ce serait un aller sans retour et qu'il ne la reverrait pas. Alors il décida de retarder ce moment le plus possible.
Par Gyzeh - Publié dans : conteuse
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